(¯`·._.• C H A P I T R E__D E U X •._.·¯) ____________________________________________________________________________________
Vince s'éclipsa sous le regard noir de son patron sans demander son reste. Tucker secoua la tête avec un soupir avant de se diriger vers son agent. Il frissonna quand il lui prit l'épaule. Décidément, il ne se ferait jamais à la sensation de cette peau glacée. C'était trop bizarre... Trop... Inhumain. Il se ressaisit et la rassura :
-Ne prête pas attention à ce que dit Steen. C'est dans sa nature d'être comme ça.
-Oui. Mais moi, c'est quoi ma nature ? J'aimerais être comme vous tous ! Mais moi je suis... Une machine. Je suis quasi immortelle. Tous ces bouts de métal, que vous appelez 'munitions', ça ne me fait rien, alors que vous ça peu vous tuer ! J'aimerais être 'normale' !
-Mais tu es normale ! Tu n'es juste pas faite en chair et en os ! Sinon, tu es comme nous ! Ne te mine pas avec ça ! Tu es parfaite comme tu es ! Et tu es aussi belle que certaine femme d'ici, voir plus !
-Alors pourquoi je peux pas mettre de nom sur ce que je ressens ? Comme elles ?
-Je peux t'aider, si tu veux ! Qu'est-ce que tu ressens en ce moment, par exemple ?
-Là... Quelque chose de bizarre... Un mélange de bien et de mal. Ça me fait mal au ventre, mais en même temps ça me fait du bien. Ça me fait frémir mes canaux. J'en ai bien parlé à Steen, mais j'ai pas compris ce qu'il m'a expliqué. Il m'a parlé des filles qu'il voit le week-end. Je sais plus comment il a appelé ça... Mais il m'a dit que c'était pas bien de le ressentir, parce qu'il fallait que la personne pour qui on éprouve ça ressente la même chose... C'est bien trop compliqué pour moi tout ça... Tu sais ce que c'est ?
-Je... Heu... Est-ce que tu sais pour qui tu éprouve ça ?
-Bah oui. Je crois que c'est pour toi. C'est mal ? M'en veux pas, je sais pas ce que ça signifie de ressentir ça.
-Non, ce n'est pas mal. C'est même quelque chose de très bien. Ça prouve que tu as du respect envers moi, et que tu m'apprécie. Et, est-ce que tu ressens la même chose pour Steen ?
-Oui... Enfin presque. C'est pas tout à fait la même chose. C'est comme avec Carrie.
-Ha... Alors je vais te dire qu'est-ce que c'est. Tu vois, pour Carrie et Steen ce que tu ressens, c'est de l'amitié.
-Ha oui ! C'est pour ça que Carrie m'a dit que j'étais sa meilleure amie.
-Oui. En revanche, ce que tu éprouve pour moi, ce n'est pas de l'amitié. Ça s'appelle l'a... L'a...
-C'est difficile à prononcer ? C'est un mot compliqué ?
-Non... Ca s'appelle l'amour, Lili.
-Vraiment ? Et toi, est ce que tu as de l'amour pour moi ?
Tucker déglutit avec difficulté. Ça, c'était la question piège qu'il voulait absolument éviter. Devait-il lui répondre franchement, au risque de passer pour un fou ? Ou bien tout renier, et lui briser le c½ur, et le sien par la même occasion ? Le deuxième solution lui paraissait plus plausible. Il n'y avait bien que lui pour tomber amoureux d'un cyborg ! Il s'était encore mis dans un sacré pétrin ! Qu'est-ce qu'ils allaient dire, tous, s'il se mettait à sortir avec une machine ? Ho, et puis au diable les autres ! Il faisait ce qui lui chantait, et c'est tout ! Il se résigna, et lui adressa un faible sourire avant de lui dire :
-Bien sûr que je ressens de l'amour pour toi. Tu dois me trouver idiot...
-Non. Tiens, c'est bizarre, j'ai plus mal au ventre...
Tucker esquissa un sourire et lui attrapa tendrement sa main. Lili baissa les yeux, et son regard se porta sur la main de son patron qui avait emprisonné ses doigts. Elle fronça les sourcils et demanda :
-C'est ça qu'on fait quand on est amoureux ?
-Hmm. Et tu sais ce qu'on fait d'autre ?
-Je crois. J'ai vu ça à la télé. Mais je sais pas comment faire...
-Je vais te montrer...
Il caressa tendrement le visage de son agent, et plongea son regard dans le sien. Sa joue était tout aussi glacée que sa main, et était parcourue par une légère vibration, due au fonctionnement intérieur de sa machinerie. Ses yeux gris restaient de glace, et n'exprimait rien de ce qu'elle ressentait au fond d'elle même. Mais elle savait que ce qui allait se passer lui ferait du bien. Elle en avait la certitude. Elle vit Tucker se rapprocher lentement, une flamme brillant au fond de ses prunelles. Tout se passait exactement comme dans le film qu'elle avait vu l'autre soir... C'était sans compter sur Steen, qui sortit de l'ascenseur tonnant :
-Ton café est servi, patron ! Oops, je dérange, se reprit-il en les voyant dans cette position.
-Non, Vince. C'est juste que Tucker allait me montrer comment on...
-Comment on s'embrasse ? Ma pauvre, tu es bien arriérée décidément. Allez, vas-y patron ! Montre nous ton savoir-faire !
Tucker lui jeta un regard noir, en lui faisant comprendre qu'il le paierait cher, et reporta son attention sur Lili. ''Fais-le'', se dit-il intérieurement. ''Allez, elle n'attend que ça. Dépêche-toi !''. Son c½ur accéléra l'allure, et il se pencha encore un peu plus vers le visage de son agent. Enfin, ses lèvres rencontrèrent les siennes. Cela lui fit une espèce d'électrochoc, qui le cloua sur place. Une vague de courant le traversa, et tous ses muscles se crispèrent. C'était comme si il avait touché une pile avec la langue, avec une intensité vingt fois supérieure. Mais bizarrement, ça ne lui faisait pas mal. Une étrange sensation de bien-être envahi son corps tout entier, et il se laissa submerger par les émotions. Il aurait parier que cette onde d'électricité était envoyé par Lili elle-même, pour lui faire comprendre ce qu'elle ressentait au fond d'elle-même. Il passa sa main derrière sa nuque, et la colla un peu plus contre lui. Son corps dur et froid contre celui tendre et chaud de son patron lui donnait l'impression de plonger en lui. Leurs lèvres se séparèrent enfin avec un étrange bruit de succion, et Tucker laissa échapper ce qui ressemblait de très près a un ''wahou !''. Lili lui adressa un large sourire avant de lui dire :
-Merci ! Maintenant je sais comment on fait ! Je descends voir Carrie !
Lili se releva dans un bon et repartit vers l'ascenseur, et Tucker resta cloué sur place, abasourdi, sous le regard hilare de Vincenzo. C'était donc tout ce que ça lui faisait ? Lui, il venait de redécouvrir des sensations oubliées depuis longtemps, et même de se rendre compte ce que ça faisait d'embrasser un cyborg, et elle, elle trouvait ça des plus normal, et partait raconter la nouvelle à tout le monde ! Il se tourna vers son agent, surpris, et bafouilla :
-Que... Où... Qu'est-ce que... ?
-Tu veux mon avis, patron ? Embrasser un cyborg, c'est perdre ses facultés mentales. Ha, et je suppose que tu lui a dit qu'on faisait ça quand on aimait la personne ? Je te signale qu'elle est partie voir Carrie. Ça promet !
-Merde ! T'as raison !
Tucker se releva à son tour et courut jusqu'à l'ascenseur. Quand il pénétra dans le labo de sa scientifique, il comprit que Vince avait vu juste. Lili avait les sourcils froncer, et n'avait pas l'air de comprendre pourquoi Carrie riait aux éclats. Elle se tourna vers Tucker et demanda :
-Mais pourquoi elle rigole ? C'est ce que tu m'as dit de faire pourtant, non ?
-Oui, mais il ne faut pas le faire quand on est juste ami !
-Ha bon ! Ho, désolée, Carrie, je savais pas... Je croyais que...
-C'est pas grave poulette ! Essaye juste d'être un peu moins... Directe, la prochaine fois ! Dis-moi, Tucker, tu lui a enseigné la pratique ou la théorie ?
-La pratique ! Et elle est douée, crois-moi !
-Ca oui, je te crois ! Elle embrasse mieux que Max ! Et vas-tu lui enseigner des cours d'éducation se...
-Pas maintenant, Carrie ! On verra ça après ! Je sais même pas comment... Elle est faite !
-Je peux te montrer, si tu veux ! intervint Lili.
-Quoi !?! s'insurgea Tucker.
-Bah oui ! Tu sais, je ressemble pas aux filles des films de Vince !
-Je... heu... Tu n'es pas très pudique, tu sais ça ?
-Non. C'est quoi pudique ?
-Laisse-tomber...
-Alors, je te montre ou pas ?
-Tu es certaine que tu ne ressemble aux filles de Vince ?
-Oui, je te promets !
-Dans ce cas... Tu as mon feu vert. Mais quand même...
Lili n'écouta pas les dernières paroles prononcées par son patron, et en deux temps trois mouvements, elle se déshabilla de haut en bas, sans rien oublié. Tucker écarquilla les yeux et Carrie resta de marbre. Lili se retourna vers eux en levant les bras, l'air contente d'elle et demanda :
-Alors ? N'avais-je pas raison ?
-Je... Je crois que c'est foutu si tu voulais avoir des enfants avec elle, Tucker, remarqua Carrie.
-Ouais, je vois ça. C'est vraiment... Bizarre... C'est... C'est...
-Gore ? Oui, je suis tout fait d'accord avec toi. C'est... Même un peu trop gore pour moi...
-C'est quoi, gore ? demanda Lili.
-Gore, ça veut dire que ton corps est... Bizarre...
-Pourquoi ?
-Je... Pourrais pas expliquer... C'est juste... Pas commun...
-Je peux retirer ma peau si ça t'arrange. Ça sera peut-être moins bizarre, non ?
-J'en sais rien ! Tu peux... Retirer ta peau ?!? percuta Tucker.
-Oui, bien sûr ! Comment je fais pour me laver sans rouiller sinon ?
-Oui, je suis bête, ironisa-t-il. Bah, essaye, au point où on en est...
-J'enlève celle de mon visage aussi ?
-Non ! Surtout pas ! J'ai déjà été assez choqué comme ça dans la journée !
-Très bien !
Lili se mit à mordre voracement son majeur droit, sous les regards horrifiés de ses collègues. Après deux bonne minutes d'effort, elle tira de toutes ses forces sur le bout de peau coincé entre ses dents , et ils virent celle de son épaule se déchiré, et glissé doucement le long de son bras. Une espèce de liquide transparent se mit à suinter de ses articulations métalliques, tandis que la peau de son avant bras s'affaissait sans bruit sur le sol, laissant son bras mécanique à la lumière du jour. Elle renouvela l'opération avec son bras gauche, puis ses jambes, et enfin son buste. Carrie s'éclipsa à la vue cette scène pour le moins étrange, pour prendre l'air, avait-elle dit. Tucker déglutit avec difficulté devant le spectacle qui s'offrait à lui. Ça dépassait les limites de l'impossible. Son corps gris de métal reflétait la lumière du labo, et la renait étrangement luisante. Toutes les jointures de ses doigts étaient comme de mini-charnières, munies d'innombrables vis. Les ligaments de ses poignets avaient été remplacés par des tuyaux d'étain articulés, et son avant-bras étaient constitué de plusieurs morceaux d'aluminium assemblés, tout comme le reste de son corps. Son cou comportait un étrange arrangement de tuyaux et d'une mini bouche d'aération à hélices. Sa poitrine était faite par une superposition de mince plaques de nickel, tout comme ses fesses. Le tout était agrémenté de nombreux boulons et vis, de fins tuyaux où passait une étrange substance liquide, visible grâce aux failles présentes un peu partout sur son corps. À la surface de cette peau métallique, on trouvait aussi des pores énormes, d'où s'échappait une espèce d'eau gluante qui coulait lentement le long de son corps pour finalement former une flaque à ses pieds. Tucker laissa couler son regard sur le corps de son agent, avant de se rendre compte que Carrie avait tort. Elle pouvait largement avoir des enfants... Restait à savoir si ça marchait d'humain à cyborg, ce dont Tucker doutait fortement. Il se rapprocha lentement de Lili, n'arrivant toujours pas à croire que c'était possible. Oh, bien sûr qu'il avait déjà vu ça, mais seulement dans des revues spécialisées commentant les nouvelles technologie. Pas en vrai... Il passa ses doigts sur l'épaule de Lili et enduit ses doigts de l'étrange substance.
-Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il.
-Je sais pas. Peut-être à cause de la température... Voilà, maintenant tu as vu comment je suis faite ! C'est toujours gore ?
-Heu... Un peu moins maintenant que je me crois devant une sculpture du musée des technologies.
-Mais je ne suis pas qu'une statue ! T'as vu, je marche, et je peux courir ! Je peux aussi sauter et utilise mes bras !
-Oui, je vois ça !
-Alors ? T'as vu, je suis pas comme vous... Je suis 'gore', je suis pas normale, je suis bizarre...
-Arrête de dire ça, Lili. Tu me fais de la peine. Tu es belle, tu es intelligente, tu as un super caractère, et je t'aime comme tu es. Alors arrête de te faire des films et embrasse-moi au lieu de dire des bêtises.
Il se rapprocha encore un plus plus de son agent, et passa sa main derrière sa nuque, tout en l'attirant contre lui. Une espèce de chaleur humide vint s'imprégner sur sa chemise, mais il n'y pris pas garde. Il redéposa ses lèvres contre les siennes, et la même sensation que précédemment vint parcourir son corps. Jamais il ne s'y ferait... Vince les interrompit à nouveau en tonitruant :
-Y'a une mission boss ! Oh my God ! Qu'est-ce que c'est que ça ? S'exclama-t-il en voyant les lambeaux de peau à terre et le corps étrange de sa collègue.
-C'est, hum... Lili, sans vêtements ni peau, d'ailleurs...
-C'est grave ? S'inquiéta-t-il.
-Non, c'est fait exprès ! Alors, c'est quoi cette mission ?
-Code bleu, boss. OVI repéré à 26000 kilomètres de la surface. Sans doute des Jupitériens, mais ils ne sont pas sûrs. Ha, la NASA, c'est plus ce que c'était....
-Où est prévu l'atterrissage ?
-Pas très loin d'ici, selon leur calcul de trajectoire.
-Parfait. Il nous reste une marge de combien de temps ?
-Environ deux heures.
-Dans ce cas, on ferait mieux d'y aller. Heu, Lili, il faudrait que tu remettes... Ta peau, et tes vêtements, aussi.
-D'accord. Je vous rejoins en haut. Je vais demander de l'aide à Carrie pour remettre ça ! Dit-elle en brandissant un morceau de peau de son bras. A tout à l'heure !